Chroniques de Sodome – Fragments II

Chroniques de Sodome 2

Sodome, Année 0, papier froissé

    1. Nous sommes les damnés. Chacun attend son tour, terrifié, dans le train qui va on ne sait où. Nous sommes des ombres aux visages creux, sans autre lumière que l’horizon où flottent en puissance les bannières du soleil noir. Nous sommes les damnés. Ils veulent notre peau, nos os, nos dents, nos cheveux. Afin peut-être de nous transformer en créatures plus acceptables.

    2. Le train file dans l’horizon gris. La cendre se mêle à la neige dans un ballet morbide. Qui sont ces gens ? Quel est ce train ? Où va-t-il ?

    3. La brume dissimulait le visage des gardiens. La brume gardait la conscience des assassins, frontière bienvenue entre l’homme et le crime. Je les entends, dans ma tête, des voix comme venant d’un futur que je ne vivrai pas. « On ne voyait pas leurs visages. Ils n’étaient même pas des hommes ! » Tout juste des ombres. Nous ne sommes rien.

    4. Je sens leur soleil noir me brûler la peau. Je sens leurs bouches boire tout mon sang, s’en régaler. Je sens que je ne sais plus grand chose de mon identité. Une suite de chiffres que je n’arrive même plus à lire, une suite de son que j’identifie comme moi-même, avec le flou de l’agonie me bourdonnant dans les oreilles.

    5. Brigade des horizons, bardé de ton triangle rose. Qui sont ces gens… Je ne sais pas. Quel est ce train… La barque du passeur. Où va ce train… Il ne termine jamais sa route. Brigade des triangles roses.

    6. Il me regarde et se rit de moi. Je suis à genoux. Il vomit sur mon cœur dans une langue belle comme le vacarme d’un orage. Belle comme un désert de roche. Belle que je ne comprends pas. Dieu, c’est lui. Mon bourreau.

    7. Là-bas ils ont détruits nos villes. Ici la cheminé recrache nos corps en cendre. Ce qu’il en advient… Le reste sera muté en meuble.

    8. Je regarde ce cadavre comme si c’était moi. Je regarde ce cadavre et je me vois. Il me ressemble. Quand Il nous enlève toute notre peau, la chair violacée laissée pourriture vive, quand Il nous enlève notre visage nous nous ressemblons tous : bout de viande fatigué sur la croix du martyr.

    9. Dans la flaque d’eau que je fixe je vois mon visage qui est celui d’un autre. Un fou sur le bord du terrain, fatigué et malade. Dans la flaque d’eau je vois un cadavre tatoué d’un triangle rose. Poitrine. Place du cœur.

    10. Qui sont ces gens… menés par les coups de crosses. Brûlés par la neige de leur famille, mouillés par la cendre tombée du ciel. Il est venu les voir mourir. Il lève la main et les enfants tombent les premiers. Il lève le bras plus haut et atteint le sublime, statuesque dressé jouissant vers le soleil noir.

    11. Quel est ce train… Où va ce train… Quel est mon nom ? Mon nom ? MON NOM ?

    12. Il me regarde, à genoux pour la dernière fois. Il baise un malade. Il baise le virus. Il baise l’horreur, puanteur de la nation, la contre-vérité de la vérité de son peuple, Il baise l’absurde symbole de sa colère. Il me baise. Il lève le bras, je tombe.

    13. Je me souviens de cette voix. « Écoute, fils bâtard, toi qui entends braver ma loi, écoute ! Tu as couché avec un homme comme on couche avec une femme, repens-toi ! Le pardon t’es promis, je t’offre la damnation ! Tu as baisé ta propre image, tu n’admettais plus de Dieu ; réjouis-toi, c’est mon frère que tu fréquenteras. Écoute, fils bâtard, tu as survécu aux insectes, aux vers, aux rires, aux mouches. Tu n’as plus de nom et ton existence s’efface. Autour de toi tous t’ont déjà oublié ! Écoute, fils bâtard, meurs et repens-toi ! »

    14. je me relève, les yeux crevés. « J’ai survécu aux insectes, aux vers, aux rires, aux mouches. Je survivrai au gaz. »

Chroniques de Sodome – Fragments

Chroniques de Sodome

Sodome, Année 0, papier froissé

  1. La Ville brûle et j’ai tout perdu. Ils ont construit leur monde sur nos ruines enflammées : Année zéro. Nos cadavres sentent la traîtrise, mais c’est là toute Son odeur : Il nous a embrassé. On l’appelle Dieu, Satan – nommez-le comme bon vous semble – maître du mensonge, qui tire les ficelles de ce qu’Il refuse aux Hommes, ce même à quoi Il n’a pu résister. La tentation salace de la luxure. Vermine immuable, fleur intuable, vomissant Sa clarté sur la voie jaune des traîtres. Que Ses rayons me tuent… Que Sa voix me dépasse… Son image me trouble la vue d’une inégale attirance, désir décapité par Ses flammes – désir impur, désir sale.

  1. Des monstres vomissent de mes yeux, j’ai les genoux sur un parterre de lames, j’ai pris Dieu pour amant : j’ai tout perdu.

  1. Mon ventre se tord sous Ses mots durs. Je ne veux pas de Ses femmes – machines réglées avilies et amnésiques – ces esclaves méprisées dont il a arraché et le regard et la liberté. Je refuse et Ses yeux me blessent d’un sourire. Un jour, j’ai vécu la cruauté semblable en tout point à cet éclat. Ce sourire froid d’acier pur qui orne Bien et Mal d’une égale brillance. La douleur de mes genoux sur ses larmes de rasoir.

  1. Anachronisme. Montre brisée de mes jours morts, j’ai tué le temps à penser à Lui. Nous tous sommes pris des mêmes maux. Il a injecté dans nos veines le même poison – ses yeux bleu glacés – Son amour éternel jouissant sur notre servitude.

  1. Anachronisme. Je me sens dépassé. Les pages se tournent et ils ne nous promettent que des pages brûlées. Nous écrirons sur du papier froissé.

  1. Sans vie. Partout le désert, en attente de l’exécution de la menace. Rayon violet de Ses yeux. Oméga, sanglant théâtre de Son voile, rideaux détendu au coin de Son regard ; cette odeur, cette couleur ! Éblouissante obscurité, pourriture, horreur diffuse de Son auto-crucifixion. Mensonge.

  1. Là, las nous arrivons. Au sommet du monde nous nous affaissons. A Ses pieds, mourants, nous nourrissant d’extase, allaités par les bribes toxiques d’un faux savoir, nous nous indignons : arrachons cette perfusion qui nous empoisonne !

  1. Crucifixion. Certains d’entre nous sont morts, tués sur Sa croix, torture de Ses vœux.

  1. A genoux, mouillés des rires de Ses disciples ; Il fait pleuvoir sur nous la fronde des insectes colonisateurs. Les vers dans yeux. Les fourmis dans notre bouche ; Rêve, cauchemar, douce horreur, créature de rien, esprit d’erreur, Il joue de Ses doigts de vent dans les entrailles de nos crânes. Jouer, ou mourir.

  1. Renier. Oublier. Effacer ou : mourir. Le supplice est simple, il s’agit de rire. Rire à la mort des amants sacrifiés aux pieds de Son trône. Rire des tortures qui nous fouilleront les entrailles. Rire de notre condition première, de nos désirs, de nos amours. Croire qu’Il est innocent, être bien naïf. Immense créature transparente et despotique, colosse invisible dont on ne perçoit que la lumière, dont on n’entend que la voix. Son souffle : la tempête méprisante du créateur. Un ogre : Notre Père. Un Nom : vide, absence angoissante, identité creuse, Dieu : Invention tronquée, mais trop libre.

  1. Présence Diaphane. Dans l’étourdissement, délire anachronique, je ne vois que Sa main au-dessus de mon visage. Il couvre le monde et m’empêche de voir. Je suis neutre et lent, j’oublie presque tout : mon nom… Mon nom… Mon nom !

  1. «  Écoute, fils bâtard, toi qui entends braver ma loi, écoute ! Tu as couché avec un homme comme on couche avec une femme, repends-toi ! Le pardon t’es promis, je t’offre la damnation ! Tu as baisé ta propre image, tu n’admettais plus de Dieu ; réjouis-toi, c’est mon frère que tu fréquenteras. Écoute, fils bâtard, tu as survécu aux insectes, aux vers, aux rires, aux mouches. Tu n’as plus de nom et ton existence s’efface. Autour de toi tous t’ont déjà oublié ! Écoute, fils bâtard, meurs et repends-toi ! »

  1. Il fait sombre, l’air trop lourd brûle nos poumons, il y a des morts à nos pieds et l’on entend des enfants pleurer. Où va ce train d’Enfer ? Il roule par la peur. Sur nos cœurs est tatouée la couleur ternie du triangle rose.

Les fantômes du placard


De temps en temps, il m’arrive d’avoir trop de choses à exprimer, à écrire, à hurler, pour en faire plusieurs notes structurées, bien séparées par des murs invisibles qui empêcheraient – peut-être – aux problèmes de se mélanger. Parfois c’est trop brouillon. Parfois c’est juste un nuage d’idées et de mots qui se bousculent. Parfois on ne peut pas séparer cette masse compacte de pensées trop diverses. Alors je jette ça comme on se jette d’une falaise. Avec des monstres qui sortent de la plume. Des monstres qui percent ma tête pour sortir. Par les yeux. Par mes mains. Alors j’essaie de trouver un point commun à ces brouillons. Une ligne, une idée commune, même maigre, même squelettique ; tenez, voilà : un squelette. Aujourd’hui j’ai trouvé. Je crois qu’il s’agit des fantômes du placard. Ceux que l’on cache par la honte. Les fantômes qui nous font peur, et finalement cette phrase: "Je vis dans un monde où je n’existe pas". Aujourd’hui, je parlerai de beaucoup de choses, mais en premier lieu d’un artiste: Frank Ocean. Lire la suite

mouRIRE

Je suis assez fort. Bouillie de ricanements informes. Solution insoluble, plate ligne droite dans le noir d’un écran vide, jamais, vous m’entendez, jamais. Jamais la peur ne me mettra à terre. Jamais plus l’angoisse fera de mon corps son champ de bataille. Jamais plus mon sang ne coulera, ni pour les autres, ni pour moi. Pilule blanche éclate de rire, son cristallin entre mes dents, gloussement d’estomac plein ; Je fais le vide. Vague tentative d’énervement, avoir l’air – ne riez pas – plus vivant. Avoir l’air heureux. Blanc. Plein d’une joie surfaite, mais plein de joie aux yeux des passants. Ma pilule beauté, ma pilule sourire, ma pilule éclat de rire. Pilule sauveuse des apparences, je sombre, mais rayonnant. Je suis mort, mais en riant.

Je ne suis plus là.

Absurde moment suspendu,

Mort dans mes propres bras.

Absurde corps relâché,

Mort sans rien, vide et nu.

Absurde tête coupée,

Mort, sans rire, souffre Divin.

Absurde cri étouffé,

Mort et rire ;

Absurde Cynisme…

 

mouRIRE

RIRE

 

R.I.P

Oskar K Cyrus

Je suis heureux

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C’est le matin, je me lève, dans ma tête c’est plein de brouillard, je marche sur des idées-lunes, je marche dans le vide, mais ça me suffit, j’ai mes pilules.

Putain, je suis heureux, je vais bientôt doubler la dose, je souris, j’en ris, je me sens bien, je prends la jolie pilule blanche. C’est le matin. J’arrive à regarder le soleil en face, et moi dans mon reflet, je me sens bien. Je suis heureux. Je me regarde dans les yeux. Lire la suite

L’Heure du Repos

Tranquille douleur, douceur mourir. Sur le goudron plombé par les pas des passants, sur les pavés mouillés et froids, sous la vive écorchure du vent, pressé je ne sais pourquoi, allant je ne sais plus où, m’arrêtant à cet arrêt de bus, glacé, neigeux, brumeux, mourant : ce sont les seuls quatre mots qui sont sortis de ma bouche. Je n’ai su comment arriver jusqu’ici. Ne plus apprendre autrement que d’avoir trop chuté, je suis encore tombé. Bus treize, dix heures, arrêt trente-trois. J’entends dans un froissement de plumes le dernier envol d’oiseaux de nuit qui s’en vont être libre, ailleurs qu’ici. Plus loin, autour des trottoirs, les pas des gens pressés qui se retirent très vite, évitant ce banc, cet arrêt, le boulevard et la nuit, me laissant seul, aveugle et sans souffle. Seul s’agite encore la danse frénétique des rats grignotant le trottoir et leur morceaux de caniveau. Seul est cet écho quand s’éteint même le souvenir du dernier bruit de moteur.

Silence, le silence amer qui rend tous les soupirs tremblants, la voix incertaine, le noir angoissant. Dix heures une, dix heures deux, dix heures trois. Claquement sec et sonore au cœur de l’Horloge, dérapage, enraillée pendule de noir, caprice, folie. Débordement.

Silence. Silence de mer, murmure vague, étendue déserte,

Le sol est

En eau.

Funambule sur le trottoir, dix heures quatre, dix heures cinq, dix heures six ; le temps fragile, pas si immobile, au fond, le trajet en train, l’accident, l’explosion sourde, les morts. Funambule, le silence sous ton pas aveugle, funambule.

Dix heures sept

Dix heures huit

Dix heures neuf

Stop. Voyage de nuit. Train d’enfer, bain d’ennui.

Stop.

Silence bas, funambule, angle droit

Douloureux,

Un coin tranquille.

Stop.

Dix heures neuf, bus treize, arrêt trente-trois.

Stop.

Pause. Plutôt mourir, douceur tranquille. Je laisse ma canne tomber de mes mains. Bus treize, arrêt trente-trois. Un passant perdu court à en perdre haleine, je crois qu’il se retourne pour me voir, il fuit. Il est lâche. Il est comme les autres. Ce n’est qu’un passant. Dix heures neuf, pause.

Je le sens arriver. Vite. Il est comme un anti douleur – vite ! – lent qui se propage, dans les veines sales ; il a ce même murmure, cette morsure feutrée qu’ont les derniers moments, dernier recours. En général, on essaye de l’éviter. Dix heures, on fuit. Cet arrêt, trente-trois, bus treize. Dix heures : on fuit.

Dix heures neuf. Le sol tremble, il est une feuille de papier qu’un souffle agite fort et tremble, non sans douleur, moi aussi. Silence. Il y a un grondement sourd. Cliquetis énervés, minute, seconde. Dix heures neuf. C’est bientôt l’heure. Vite !

En général, les gens essayent de l’éviter. On ne s’assied pas à cet arrêt, et quand bien même on s’y assoit, on trouve toujours une raison de repartir.

Il faut être funambule, être sur les toits du monde, aveugle, errant de ciel en ciel, vite, vite, trouver. Trouver la bonne raison qui me fera fuir.

La sérénité,

Poison.

La joie,

Mensonge.

L’être,

Parti.

Vivre,

Condamné, damné, tout ce que tu veux. Vivre ?

Le goût du jeu,

J’abandonne.

La fuite,

L’absurde.

Pardon.

Je jette comme ça sur la toile de mon esprit ce pitoyable mot d’excuse. Comme j’implore à genoux, vaincu et misérable, ma bonne conscience, de me laisser sept vies encore et différentes, mourir lointain, tranquille serein, mourir douleur. Ce mot, Pardon, est comme une mauvaise blague. Tu ne l’as pas vraiment dit. Tu n’aurais pas osé. Ça veut dire quoi ? Pauvre imbécile. Tu le sais ? Non. Tu ne le sais pas, tu ignores tout du regret. Non. Ça non plus. Non. Ce n’est qu’un faux atout, un simple joker. Pardon.

Plein d’excuses et de trains fantômes, sur les rails défoncés du désert et de l’océan. Funambule. Sur le toit un homme, seul et sa bouteille, son désespoir. Dans sa chute sa rédemption. Dans la lune un sourire. Dans son verre un soupir.

Pardon,

Inutile. Faux acteur. Jeu debout. Blême fureur.

Assassin, crève-cœur.

Joker, Pardon.

Pardon.

Et son verre s’est brisé dans un éclat mourir.

Sur ta peau en tremblant j’avais imprimé la marque de mes mains. Le plus grand amour, la plus faible illusion, le plus grand crime. Sur la chute des palmarès de vente, j’étais en premier : tueur en série, froid, distant, tu étais mon crime – le seul sur la liste.

Tu étais un corps d’espoir mort éperdu, cherchant encore de tes yeux vides, et dans un ciel qui l’étais tout autant, la moindre chance de te fuir. Mais tu avais à ton bras comme de maigres cicatrices, sous tes putains de seringues où tu cherchais le vide, tu n’aurais pas passé le cap de l’espérance. C’était trop tard, tu aurais beau avoir cherché à le connaître, tu n’aurais pas pu. Je le sais. Dépassé par le temps, freiné par le vent. Tu n’étais qu’un violent contre-sens.

Espoir,

Du vent.

Agité, paniqué, tremblant, j’ai le souffle court mais tout ça je le sais. Personne ne viendra m’aider. Il faut juste que je parte ou que je reste. Je sens ses roues sur le goudron glacé. Dix heures neuf, bus treize, arrêt trente-trois.

Du vent,

Cauchemar.

Autour de ton cou la ceinture violette de mes doigts. Sur ton lit blanc d’hôpital tu n’étais pas un héros, juste un homme pitoyable que je venais de tuer. Un très grand crime, un grand amour. Ton sang sur mon sang était comme un miracle. Non, pas de miracle. Juste des faits tragiques qui se succèdent. Juste l’histoire humaine. Dans tes orbites creusés tes yeux révulsés par la crainte et la fureur de vivre m’ont persuadé de ne plus rien y voir. De ce monde. Funambule.

Acide. Brûlé mes yeux avec l’acide. Tu sais que ça fait mal ? Tu n’étais pas un héros. Moi j’étais bien plus que ça : un tueur. Ton joker, pardon. Ta rédemption. J’étais une saloperie d’alibi dans ta tête. Un tueur, aveugle. Un héros. Un vrai héros : putain je t’aimais.

Tu veux que je pleure.

Dis-le.

Crache.

Dis-le. Je le sais. Tu veux que je craque.

Tu veux que je m’effondre.

Je t’aimais.

J’étais comme une étoile filante dans ton ciel vide, un funambule sur le fil du rasoir, saignant par les pieds d’une pluie rouge et sacrée, je n’étais qu’un homme pitoyable. Un homme aveugle et pitoyable. Je n’ai été qu’une petite météorite dans ton ciel de plâtre obscur. Dans ta sale nuit de camé. Je t’avais juré.

Je ne sais plus quelle heure il était.

Il est dix heures neuf et les secondes repassent. Je suis assis à un arrêt de bus, le trente-trois, bus treize. Je compte les instants qui me restent et puis je me résigne. Je n’ai pas trouvé. Même mes excuses d’aveugle, je n’en veux pas. Je me fous des étoiles, et de cette plage où je suis étendu à côté de ton cadavre. On entend le murmure assoupi de la dernière marée. Dans le vrai ciel bleu baigné de soleil, les derniers oiseaux s’envolent…

Moi, j’attends l’Heure du Repos.

Dix heures neuf, dix heures dix.

Dix heures dix.

Je sens sur mes mains la lumière chaude des phares qui ont déchirés la nuit. Je le sens qui s’avance et puis qui ralentit. Sur le macadam déchiré on n’entend plus que la pluie. Les portes s’ouvrent sur des murmures calmes et doux. On me lève par des bras de vent. Je sens un souffle malade.

Tranquille douleur, douceur mourir.