Je l’écrase cette France qui pue

J’ai gardé une bouteille. Une bouteille pour le jour de la mort du vieux borgne, ce vieux déchet immonde qui squatte encore ce matin ma radio mes écrans mes journaux et ma tête. J’ai gardé une bouteille. Une bouteille quand son cadavre puant reflétera pour de bon l’intérieur de son crâne : une moisissure, une merde sur un trottoir, la bête malade qui contamine le troupeau. Il n’est qu’un virus en fin de vie, et qu’elle soit courte cette existence qui a déjà trop duré. Lire la suite

Honnêteté. Transparence. Quand j’admire mon reflet.

Vanitas, Philippe de Champaigne

Aujourd’hui je maudis les cons en écoutant Chopin. La bêtise des autres me donne envie de me détruire en me frappant la tête avec mes poings jusqu’à ce que ma cervelle éclabousse l’écran. En assumant la violence peut-être deviendrais-je plus libre, en assumant la folie, la violence et la folie, peut-être deviendrais-je ce héros qui s’écrase en sang sur l’asphalte glacé, ou celui qui a perdu toute envie de paraître et qui arrose les fleurs de sa pisse malade. En écrivant je la canalise. La violence. La folie. Je calme ce poing tremblant qui fait des trous dans la feuille et qui fait mal à mon poignet à trop appuyer sur le plastique du stylo le bout de mes doigts blanchis me hurlent de planter cette arme dans l’œil de mon reflet. Me buter comme un grand, lobotomie à l’extrait mal dégrossi de littérature acide. Lire la suite

Et prie Dieu pour leur âme

etpriedieu_bann

Tu avais dit que tu ne me laisserais pas, mon frère, mon frère, tu avais dit que tu resterais, que tu ne partirais pas, tu avais dit, tu l’avais bien dit, mon frère.

Mes yeux flous te voient, masse inerte, tâche immobile sur le sol, je ne vois pas tes yeux, je vois du rouge sur ta poitrine. Le mur est froid mes mains le griffent, je ne sais pas où est le sol, exactement, où est le sol froid sur lequel je m’agenouille. Mes yeux flous te voient, masse inerte, ma main te touche tu as l’air si paisible. Lire la suite

Chroniques de Sodome – Fragments II

Chroniques de Sodome 2

Sodome, Année 0, papier froissé

    1. Nous sommes les damnés. Chacun attend son tour, terrifié, dans le train qui va on ne sait où. Nous sommes des ombres aux visages creux, sans autre lumière que l’horizon où flottent en puissance les bannières du soleil noir. Nous sommes les damnés. Ils veulent notre peau, nos os, nos dents, nos cheveux. Afin peut-être de nous transformer en créatures plus acceptables.

    2. Le train file dans l’horizon gris. La cendre se mêle à la neige dans un ballet morbide. Qui sont ces gens ? Quel est ce train ? Où va-t-il ?

    3. La brume dissimulait le visage des gardiens. La brume gardait la conscience des assassins, frontière bienvenue entre l’homme et le crime. Je les entends, dans ma tête, des voix comme venant d’un futur que je ne vivrai pas. « On ne voyait pas leurs visages. Ils n’étaient même pas des hommes ! » Tout juste des ombres. Nous ne sommes rien.

    4. Je sens leur soleil noir me brûler la peau. Je sens leurs bouches boire tout mon sang, s’en régaler. Je sens que je ne sais plus grand chose de mon identité. Une suite de chiffres que je n’arrive même plus à lire, une suite de son que j’identifie comme moi-même, avec le flou de l’agonie me bourdonnant dans les oreilles.

    5. Brigade des horizons, bardé de ton triangle rose. Qui sont ces gens… Je ne sais pas. Quel est ce train… La barque du passeur. Où va ce train… Il ne termine jamais sa route. Brigade des triangles roses.

    6. Il me regarde et se rit de moi. Je suis à genoux. Il vomit sur mon cœur dans une langue belle comme le vacarme d’un orage. Belle comme un désert de roche. Belle que je ne comprends pas. Dieu, c’est lui. Mon bourreau.

    7. Là-bas ils ont détruits nos villes. Ici la cheminé recrache nos corps en cendre. Ce qu’il en advient… Le reste sera muté en meuble.

    8. Je regarde ce cadavre comme si c’était moi. Je regarde ce cadavre et je me vois. Il me ressemble. Quand Il nous enlève toute notre peau, la chair violacée laissée pourriture vive, quand Il nous enlève notre visage nous nous ressemblons tous : bout de viande fatigué sur la croix du martyr.

    9. Dans la flaque d’eau que je fixe je vois mon visage qui est celui d’un autre. Un fou sur le bord du terrain, fatigué et malade. Dans la flaque d’eau je vois un cadavre tatoué d’un triangle rose. Poitrine. Place du cœur.

    10. Qui sont ces gens… menés par les coups de crosses. Brûlés par la neige de leur famille, mouillés par la cendre tombée du ciel. Il est venu les voir mourir. Il lève la main et les enfants tombent les premiers. Il lève le bras plus haut et atteint le sublime, statuesque dressé jouissant vers le soleil noir.

    11. Quel est ce train… Où va ce train… Quel est mon nom ? Mon nom ? MON NOM ?

    12. Il me regarde, à genoux pour la dernière fois. Il baise un malade. Il baise le virus. Il baise l’horreur, puanteur de la nation, la contre-vérité de la vérité de son peuple, Il baise l’absurde symbole de sa colère. Il me baise. Il lève le bras, je tombe.

    13. Je me souviens de cette voix. « Écoute, fils bâtard, toi qui entends braver ma loi, écoute ! Tu as couché avec un homme comme on couche avec une femme, repens-toi ! Le pardon t’es promis, je t’offre la damnation ! Tu as baisé ta propre image, tu n’admettais plus de Dieu ; réjouis-toi, c’est mon frère que tu fréquenteras. Écoute, fils bâtard, tu as survécu aux insectes, aux vers, aux rires, aux mouches. Tu n’as plus de nom et ton existence s’efface. Autour de toi tous t’ont déjà oublié ! Écoute, fils bâtard, meurs et repens-toi ! »

    14. je me relève, les yeux crevés. « J’ai survécu aux insectes, aux vers, aux rires, aux mouches. Je survivrai au gaz. »

Chroniques de Sodome – Fragments

Chroniques de Sodome

Sodome, Année 0, papier froissé

  1. La Ville brûle et j’ai tout perdu. Ils ont construit leur monde sur nos ruines enflammées : Année zéro. Nos cadavres sentent la traîtrise, mais c’est là toute Son odeur : Il nous a embrassé. On l’appelle Dieu, Satan – nommez-le comme bon vous semble – maître du mensonge, qui tire les ficelles de ce qu’Il refuse aux Hommes, ce même à quoi Il n’a pu résister. La tentation salace de la luxure. Vermine immuable, fleur intuable, vomissant Sa clarté sur la voie jaune des traîtres. Que Ses rayons me tuent… Que Sa voix me dépasse… Son image me trouble la vue d’une inégale attirance, désir décapité par Ses flammes – désir impur, désir sale.

  1. Des monstres vomissent de mes yeux, j’ai les genoux sur un parterre de lames, j’ai pris Dieu pour amant : j’ai tout perdu.

  1. Mon ventre se tord sous Ses mots durs. Je ne veux pas de Ses femmes – machines réglées avilies et amnésiques – ces esclaves méprisées dont il a arraché et le regard et la liberté. Je refuse et Ses yeux me blessent d’un sourire. Un jour, j’ai vécu la cruauté semblable en tout point à cet éclat. Ce sourire froid d’acier pur qui orne Bien et Mal d’une égale brillance. La douleur de mes genoux sur ses larmes de rasoir.

  1. Anachronisme. Montre brisée de mes jours morts, j’ai tué le temps à penser à Lui. Nous tous sommes pris des mêmes maux. Il a injecté dans nos veines le même poison – ses yeux bleu glacés – Son amour éternel jouissant sur notre servitude.

  1. Anachronisme. Je me sens dépassé. Les pages se tournent et ils ne nous promettent que des pages brûlées. Nous écrirons sur du papier froissé.

  1. Sans vie. Partout le désert, en attente de l’exécution de la menace. Rayon violet de Ses yeux. Oméga, sanglant théâtre de Son voile, rideaux détendu au coin de Son regard ; cette odeur, cette couleur ! Éblouissante obscurité, pourriture, horreur diffuse de Son auto-crucifixion. Mensonge.

  1. Là, las nous arrivons. Au sommet du monde nous nous affaissons. A Ses pieds, mourants, nous nourrissant d’extase, allaités par les bribes toxiques d’un faux savoir, nous nous indignons : arrachons cette perfusion qui nous empoisonne !

  1. Crucifixion. Certains d’entre nous sont morts, tués sur Sa croix, torture de Ses vœux.

  1. A genoux, mouillés des rires de Ses disciples ; Il fait pleuvoir sur nous la fronde des insectes colonisateurs. Les vers dans yeux. Les fourmis dans notre bouche ; Rêve, cauchemar, douce horreur, créature de rien, esprit d’erreur, Il joue de Ses doigts de vent dans les entrailles de nos crânes. Jouer, ou mourir.

  1. Renier. Oublier. Effacer ou : mourir. Le supplice est simple, il s’agit de rire. Rire à la mort des amants sacrifiés aux pieds de Son trône. Rire des tortures qui nous fouilleront les entrailles. Rire de notre condition première, de nos désirs, de nos amours. Croire qu’Il est innocent, être bien naïf. Immense créature transparente et despotique, colosse invisible dont on ne perçoit que la lumière, dont on n’entend que la voix. Son souffle : la tempête méprisante du créateur. Un ogre : Notre Père. Un Nom : vide, absence angoissante, identité creuse, Dieu : Invention tronquée, mais trop libre.

  1. Présence Diaphane. Dans l’étourdissement, délire anachronique, je ne vois que Sa main au-dessus de mon visage. Il couvre le monde et m’empêche de voir. Je suis neutre et lent, j’oublie presque tout : mon nom… Mon nom… Mon nom !

  1. «  Écoute, fils bâtard, toi qui entends braver ma loi, écoute ! Tu as couché avec un homme comme on couche avec une femme, repends-toi ! Le pardon t’es promis, je t’offre la damnation ! Tu as baisé ta propre image, tu n’admettais plus de Dieu ; réjouis-toi, c’est mon frère que tu fréquenteras. Écoute, fils bâtard, tu as survécu aux insectes, aux vers, aux rires, aux mouches. Tu n’as plus de nom et ton existence s’efface. Autour de toi tous t’ont déjà oublié ! Écoute, fils bâtard, meurs et repends-toi ! »

  1. Il fait sombre, l’air trop lourd brûle nos poumons, il y a des morts à nos pieds et l’on entend des enfants pleurer. Où va ce train d’Enfer ? Il roule par la peur. Sur nos cœurs est tatouée la couleur ternie du triangle rose.

Demain, j’arrête

Demain, j'arrête

Vous ne savez pas ce qu’est la page blanche. Ce syndrome dont tout le monde parle comme d’une chose tellement romantique. La page blanche, ce n’est pas ne pas être inspiré. Ce n’est pas ne rien avoir à dire. C’est tout le contraire. C’est le volcan chaos dans la tête qui frappe très vite très fort sur les parois du crâne, cette envie vomitive de crier hurler, de tuer quelqu’un, parfois, de faire mal, de faire taire cette douleur la douleur atroce le poids du vide des mots qui s’accumulent sans vouloir s’ordonner s’espacer, sans vouloir partir d’un bon pied en rang par phrases, j’en sais rien, qui ne veulent pas sortir correctement la page blanche c’est être nu dans le vide, terriblement conscient d’être seul, et ressentir quand même la honte. Lire la suite