VraK de Kampagne: Toulouse rouge d’espérance

Jeudi 5 Avril, Toulouse avait des couleurs de révolution. Je m’y trouvais par hasard, en fait, rendant visite à un vieil ami. Je savais, bien sûr, l’importance de cette date. Le premier rassemblement sur la Place du Capitole en 60 ans. Le dernier, c’était en 1959, le Général de Gaulle venait désarmer la résistance. Il était temps que l’on vienne la réarmer. Rallumer la flamme de la révolte, et souffler sur les braises. Bien entendu, il y a avait le défi, immense, de remplir la place du capitole, pour une force politique que l’on disait « marginale » il n’y a pas tellement longtemps, et qui il y a encore un mois, n’était crédité dans les sondages que de 8%. Il fallait rassembler au bas mot 25 000 personnes.

Inutile de vous dire la joie qu’apporte ce genre de rassemblement, même pour un vieil aigri comme moi, éprouvé par le temps et la haine. Voir de mes yeux l’utopie dont j’ai toujours rêvé. Vous savez, il n’est pas tellement facile, pour moi, d’imaginer la victoire des idées portées par le Front de Gauche. J’en ai conscience depuis assez longtemps. Car si ces idées gagnent, si la victoire est au bout du chemin, je n’aurais plus qu’à m’éteindre lentement, gardant seulement un oeil ouvert, guettant le retour de l’immonde. Si ces idées gagnent, si l’espoir est récompensé, je n’aurai plus rien à crier. Juste des bribes de détestation sans importance. Des cibles trop faciles pour être dignes d’un quelconque intérêt. En fait je me demande. Y aura-t-il toujours de l’ombre? Pourrai-je toujours me nourrir des peurs, si de peur il n’y a plus qu’un mot? Moi qui n’existe que par la vengeance, la peur et les cris. Aurai-je toujours une raison de vous hanter? Je ne suis qu’une idée sale née de la violence et de la haine, alors croyez-moi, si un jour l’espérance me pousse à rendre les armes, je serai heureux de me taire, de fermer les yeux, et de me reposer.

Ce 5 Avril, Toulouse a des airs de ville rouge. Je traîne mon ombre de brique en brique, de pavé en pavé, respirant l’air de la ville, vicié et sale, dans la lumière du matin. Sur la place, on s’active déjà. Des camions déchargent ce qui sera la scène, et d’indestructibles militants se préparent à décorer la place pour la rendre plus rouge qu’elle ne l’est déjà. En fait, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi on appelait Toulouse « La ville rose ». Pour moi, les briques sont rouges. Alors pour la première fois, Toulouse portera son véritable nom. Ville rouge. On dit par ici attendre entre 25 000 et 35 000 personnes. Un autre avance timidement le chiffre de 40 000, les autres rient: cela semble impossible. Il faut tout de même installer deux écrans supplémentaires place Wilson, non loin de là, afin de contenter les quelques 15 000 à 20 000 personnes supplémentaires qui allait arriver, pensaient-ils. Après quelques péripéties politiques avec la mairie, réticente à l’idée que la deuxième force de gauche vole la vedette à Hollande, candidat du centre-gauche libéral qui peine à faire décoller une campagne dont les fondements sont l’anti-sarkozysme et l’austérité, ce qui ne fait assurément pas un programme, ce que Pierre Cohen, maire socialiste de Toulouse, doit certainement savoir.

La journée se passe sous le soleil, quelques esprits créatifs créent pancartes et banderoles à même la place. De là où je suis, je peux tout voir. Des sympathisants viennent à toute heure pour donner un coup de main, prendre des autocollants et recouvrir les murs de la ville. Des petits groupes discutent, débattent, essaient de convaincre les indécis et les empoisonnés du vote « utile ». La place est une ruche joyeuse et fraternelle où bouillonne la création et les idées. En fait, il est étrange que les médias et les grincheux jaloux (Cf Europe-écologie-machin-chose, le truc corrompu peint en vert, là-bas) voient dans les rassemblements du Front de Gauche des « shows » (Que la langue Française repose en paix) alors que ce sont les meetings les plus sincères, sans paillette, sans scène démesurée, sans mise en scène (je veux dire, sans mise en scène supplémentaire que le minimum de présentation exige). Quand je vois Royal et Hollande faire semblant de se supporter à Rouen, là, en effet, je vois un spectacle. Mais ici, place du Capitole, au milieu de l’espoir et des idées, de la création, je me dis effectivement que ce doit être ça la révolution, un torrent incessant de discutions, de réflexion, d’action, visant un seul but, et non des moindres : l’intérêt général et l’émancipation humaine.

18h30, la place est pas loin d’être pleine. Un groupe de musique passe chanter sur la scène des chants révolutionnaire. « Bella Ciao » résonne dans la ville rouge. Un premier chiffre, provisoire, est donné : 30 000 personne, avant même l’heure du meeting. L’organisation souffle : l’objectif minimal est atteint, maintenant, on peut faire la fête. 19h00, la place du capitole est pleine à craquer, les orateurs se succèdent. On doit refuser du monde et les diriger vers la place Wilson, pleine elle aussi. Les gens se pressent dans les rues adjacentes qui sont rapidement noires de monde. C’est impressionnant, on ne distingue plus le pavé, une marée rouge a envahi la ville. Christian Piquet termine son discours, et on annonce Myriam Martin, ex-porte parole nationale du NPA, ralliée le mois dernier au Front de Gauche avec Pierre-François Grond et Hélène Adam, autres dirigeants du NPA et de la LCR. Nicole Borvo, porte parole PCF du groupe Front de Gauche au Sénat lui succède à la tribune, pour un discours emprunt d’humanisme et de résistance, coupant également court aux spéculations: « nous ne participerons pas à un gouvernement qui appliquera une politique d’austérité ». A la suite de son discours, on nous annonce le chiffre énorme de 70 000 personnes. On n’a jamais vu ça. De toute manière, c’est toujours la même chose, on prévoit des chiffres en riant un peu tellement ils nous paraissent inaccessibles, chiffres qui finissent toujours par être largement dépassés. Ce moment peut paraître superficiel, mais c’est la preuve du succès. C’est la preuve que la révolution citoyenne a vraiment commencé. Alors à ce moment, oui, on voit les gens pleurer de joie. A ce moment, Toulouse était rouge d’espérance.

C’était un Vrak de Kampagne un peu spécial. Mais je dois vous dire que je suis abasourdi. Ce succès est tellement énorme que je ris à entendre les médiacrates débiter leur méthode coué en flots ininterrompus. Le Front de Gauche ne serait qu’un défouloir, pour crier, parler fort, et ensuite, revenant à la raison, les gens voteront « normal » (suivez mon regard), comme des bons chiens, comme des moutons. A la niche. Cette tentative de manipulation me laisse perplexe. Est-ce vraiment de la manipulation? Je veux dire: y a-t-il une possibilité qu’ils soient réellement convaincus de ce genre de bêtises? Persuadés, peut-être que leur monde est inattaquable. Que l’ordre étant l’ordre, comme la pierre des falaises, dure comme les certitudes. Mais il y a un phénomène sous-estimé par ces imbéciles: l’érosion. Le fleuve est sorti de son lit, va rogner cet ordre ancien, achever ce système agonisant, pour façonner un monde nouveau.

Sincères Condoléances,

Oskar Kermann Cyrus

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