2012 : Vrak de Kampagne

Première Kronique du Vrak de Kampagne. Dans 100 jours, c’est le premier tour. Dans le cadre de mon soutien plus ou moins actif à la campagne du Front de Gauche aux élections présidentielles et législatives, cette Kronique irrégulière reviendra sur les évènements qui auront retenus mon attention. Et pour 2012, je n’ai pas du tout l’intention de mieux structurer mes articles, alors suivez, bande de mous du bulbe.

Libération et les sondages : France Dimanche Style

On savait que le quotidien susnommé baissait. Déjà sous Joffrin, la chute était irrémédiable. Ce faux trublion du journalisme avait l’insolence téléphonée de celui qui ne se mouille pas trop. Tout juste disait-il "oh, le méchant." quand son (minuscule) hémisphère gauche était piqué de trop par l’énorme bourde d’un homme de droite. Exilé au non moins racoleur "Nouvel Observateur" ("nouvèlobz" pour les intimes), monsieur a réussi la prouesse de laisser son trône à plus incompétent que lui : Nicolas Demorand. Déjà, première surprise : depuis quand Demorand est-il de gauche? Deuxième surprise : Il est journaliste, lui? En effet, cantonné au rôle (à sa hauteur) de larve radiotélévisée, le bougre d’âne n’avait pas trop à faire : lire des fiches est à peu près dans ses cordes. Mais journaliste, qui plus est, rédacteur en chef et éditorialiste, c’est une autre paire de manche : il faut réfléchir! Et ça, et bien… C’est un peu plus difficile.

Et puis, il faut le vendre, ce papier! Et qu’importe le contenu! Pourvu que ça frappe, que ça accroche, que ça brûle, ça saigne, bref : du gros, du bon, de l’énorme sensationnel. Brainstorming à Libé, pour l’édition du 9 Janvier : "Bon, il nous faut un chiffre. – ouais ! ouais ! moi je sais jesaisjesaisjesais! – Vas-y toujours – Un chiffre qui fait PEUR! – bonne idée, Roger, et qu’est-ce qui fait peur au lecteur moyen [pleonasme] de libé ? – Marine LePeeeen… Ouais. – Et ben voilà! Roger, tu me commandes un sondage, on addition tout jusqu’à ce que ça fasse très gros très peur, et on met ça en gros en gras avec sa tronche en bas à droite. – Euh, Nicolas, on devrait mettre son père aussi, juste pour rappeler qu’il est moche. – Bonne idée ! De toute manière, on est plus à ça près…" C’est à peu près, en substance, ce qui a dû se passer. Et qu’ont-ils donc additionné pour trouver ce chiffre tellement énorme que n’importe quel péquin n’y a pas cru? Et bien voilà. Dans le sondage, il y avait 8% de "oui, je voterai certainement Marine LePen", et 10% de "Oui, je voterai probablement Marine LePen". Voilà voilà. Vous aussi vous avez trouvé au début qu’ils n’était pas tellement tellement forts en maths? Pour les vraiment débiles : 10+8=18%. Les 12 % restant, ils sont allés les chercher dans la catégorie "Non, je ne voterai probablement pas Marine LePen". Malin, n’est-ce pas? De là, ils en déduisent, en en gros en gras, que "30% n’exclueraient pas de voter Marine LePen." En dehors de l’énorme faute d’orthographe que Roger n’a pu s’empêcher d’insérer dans le titre (parce qu’à Libé, il n’y a pas que les lecteurs, qui sont moyens), l’énormité de l’information a fait de ce journal, et ce en une journée, à la fois la honte et la risée du journalisme français. Désormais relégué au même niveau que France-Dimanche, Ici Paris et Télé 7 jours, cet ex-grand quotidien de gauche devient ridicule feuille de chou.

Mais penchons nous un peu plus sur le sondage. Laissons de côté le fait même que tout sondage est une arnaque s’il est pratiqué sur un "échantillon" de moins de 1000 personnes. Penchons-nous sur les chiffres. Car dans la plupart des sondages sur les présidentielles, Marine LePen gravite autour de 18%, soit, d’après ce sondage, l’addition de "oui certainement" et "oui probablement". Au hasard, et en toute innocence, penchons-nous sur un sondage CSA de potentiel électoral de Jean-Luc Mélenchon, selon le même mode opératoire. Dans ce sondage, datant de février 2011, 5% affirment vouloir "certainement voter Mélenchon", et 14% "probablement". Soit 19% d’intentions de vote selon l’addition pratiquée sur les scores potentiels de Marine LePen. Rien ne vous choque? Si, évidemment, cela ne vous aura pas échappé que l’on donne à Mélenchon de 6 à 8% d’intentions de votes dans les derniers sondages, alors même que le Front de Gauche à fait un score légèrement supérieur à 10% aux élections cantonales de 2011. Rigolons encore plus, en ajoutant à ces 19%, et selon le mode opératoire de Libé, les 31 % de "probablement pas", et nous obtenons ceci : 50% n’exclu(e)raient pas de voter Mélenchon.  Cela laisse rêveur.

Cela prouve en tout cas qu’il est très facile de faire dire aux chiffres n’importe quoi, et encore plus facilement quand ces chiffres ne représentent rien. Tous ces sondages oublient une donnée pourtant très importante. Selon tous ces gens très qualifiés, en 2012, il n’y aura pas d’abstention! 0%! Nada! Fortiche, n’est-ce pas? Surtout quand on sait que l’abstention modifie parfois très largement les scores attendus, en témoigne le 21 Avril 2002.

Mélenchon sur France 2 : enfin des idées !

Je ne dis pas ça pour Mélenchon, c’est un homme d’idées. Je dis ça pour l’émission. Entrant dans une nouvelle période, l’émission de David Pujadas, "Des paroles et des actes", invitera tous les candidats à l’élection présidentielles. Dans deux semaines, Hollande. Et cette émission, jusque là, c’était le royaume de la langue de bois. En chêne massif, la langue. C’était pas du sapin. Aidés par un Pujadas absent au point que l’on se soit demandé parfois "où est Charlie?", les politiques n’ont eus de cesse de voguer sur l’océan de phrases toutes faites écrites par des gens assez compétents pour faire oublier aux gens que cela ne voulait rien dire. Du programme? Oublions, quand on a l’image, les faits divers, les immigrés et la méchante Le Pen, point besoin de programme quand on peut se contenter de faire peur aux gens.

L’habitude de la plupart des journalistes de télévision qui se retrouvent face à Mélenchon, c’est d’essayer de le piéger. Evidemment, ça n’a pas manqué, entre le coup de l’i-pad et l’énième diffusion de la fameuse vidéo de l’étudiant Felix, sans parler des graphiques à moitié bidons présentés en surprise pour pas que Mélenchon puisse avoir le temps de les étudier, les pièges étaient nombreux, et vous constaterez que ce fut en vain. Je vous laisse savourer les 2h20 d’un Mélenchon en grande forme, exposant son programme parfois en imposant les sujets plutôt qu’en attendant d’être interrogé dessus. Et, comme vous pouvez le constater, ce fut pour lui un travail éreintant pour transformer des questions stupides en sujets de débat digne d’intérêt.

Ce qui a été, évidemment, assourdissant, c’est le silence. Le lendemain, aucune radio pour faire part des arguments, des mesures  proposées par le candidat du Front de Gauche. Rien. Deux articles sur internet : un article du journal le Point et un autre de France Soir. Rien d’autre. Un obscur papier sur une écoute collective à Paris est passé inaperçu sur liberation.fr. Bref, le silence, que dis-je, le désert.

Retour sur le vote utile

Je vous l’ai dit, pas structuré. De toute manière, je n’aime pas les bonnes résolutions, elles tendent à faire croire que ce que l’on a accompli l’année précédente est mauvais. Plus bête encore : elles tendent à faire croire que l’on sera plus intelligent cette année. Ce qui est faux bien sûr, puisque l’année prochaine il faudra encore admettre que l’on a échoué, tout en refaisant la promesse de ne plus se tromper. Un cercle à nigauds. Ne tourne que celui qui ne s’aperçoit pas que c’est un cercle. En bref : à chaque fois que je promets d’être plus ceci ou moins cela, je deviens systématiquement moins ceci et plus cela. Vous appellerez ça comme vous voulez, cela ne me désole même pas, je me suis habitué à ne même pas être inféodé à moi-même.

Mais je m’égare. J’ai succinctement évoqué en fin de paragraphe, tout à l’heure, plus haut, un autre jour, cela dépend de votre rythme de lecture, le délicieux souvenir du 21 Avril 2002. En vérité, j’ai toujours plus ou moins méprisé le ton tragique avec lequel on évoque cette date. A entendre tout le monde, on avait assisté à l’élection d’Adolf. Et même si on n’en était pas si loin, l’exagération de la chose empêche d’en tirer toute leçon. En fait, j’aborde le sujet parce que j’ai peur que vos esprits primaires aient mal compris ma phrase. Je ne promeus pas le vote utile, expression vide s’il en est. Le fameux vote utile. Ce vote qui fut inventé par les socialistes pour oublier que la campagne de Jospin fut désastreuse. Ce vote inventé pour culpabiliser ceux qui avait fait le choix clair de leurs idées, et donc parfois pour des candidats dits "petits" (malgré des scores dépassant souvent les 5%). Oublier que Jospin n’a pas fait fuir les électeurs vers des votes plus à gauche, non, cela aurait été utile, pour le coup, mais qu’il les a fait fuir tout court.

Le discours associé à ce vote est pourtant le plus ridicule qui soit. En gros, et je dis en gros parce qu’il me semble que l’argument et de toute manière d’une grossièreté sans nom, en gros l’argument est : votez pour le gagnant, parce que le gagnant il gagne. Convaincant. Si, si, je l’admets. Seulement, cela peut paraître très bête, mais… c’est qui, exactement, le gagnant? Celui qui est déjà en place? Oui, peut-être mais surtout : le candidat des sondages. Je suis certain que maintenant, vous êtes déjà beaucoup plus convaincus. Et je ne vous refais pas la leçon sur les sondages, n’est-ce pas, vous n’êtes pas bêtes au point de ne pas vous rendre compte de l’arnaque (surtout après ma longue mais brillante démonstration, qui comme chacun sait n’est pas tellement la mienne, j’ai assez de sources pour ne pas me retaper l’intégralité de l’analyse).

Il y a une autre toute petite faille dans ce raisonnement. Après avoir vécu longtemps et assisté à de nombreuses élections, je croyais naïvement qu’il fallait regarder, avant de voter et rien qu’un tout petit peu, le texte communément appelé "programme". Je me vois maintenant candide. Du coup, une question me titille le ciboulot : nous prendrait-on pour des imbéciles?

Nantes, 6000 personnes et le néant

(Discours de Jean-Luc Mélenchon à Nantes)

Samedi 14 janvier, Nantes, meeting du Front de Gauche en présence de Martine Billard (PG), Patrick Le Hyaric (PCF) et Jean-Luc Mélenchon. 4000 personnes sont attendues. Bordel de nouilles ! 4000! Ce n’est pas rien, cette histoire! Samedi 14 janvier, 18h30, 6000 personnes remplissent le Zénith de Nantes, et plus de 1200 personnes le suivent en direct sur internet.

Après le soutien de la comédienne Anémone, diverses vidéos disponible sur le site placeaupeuple2012.fr Jean-Luc Mélenchon prend la parole pour un discours fleuve de près d’une heure et demi. Balayant toute l’actualité de la perte du triple A jusqu’au programme du Front de Gauche, l’austérité, Le Pen, il s’est notamment adressé aux militants socialistes et écologistes déçus par leurs candidats respectifs. Appelant (vainement, il faut bien le dire) François Hollande à entendre raison, il rappelle que le Front de Gauche est la seule force politique à proposer la relance de l’activité contre l’austérité dans son programme ("l’humain d’abord", 2€ chez Librio, plus de 300 000 exemplaires vendus).

Alors évidemment, ce matin, je me serait quand même attendu à un commentaire à la radio, je veux dire, plus de 6000 personnes pour un meeting de province, ça va se voir! Candide, je vous dis, je suis candide. Le seul imbécile à croire que les médias vont se réveiller un jour. Et bien, non seulement il n’y a eu AUCUN commentaire sur le meeting, mais ils ont réussi la prouesse, en mentionnant le triple A, de ne faire mention que des positions des deux François (ceux qui sont candidats, hein), alors qu’ils ont grosso-modo (leur programme est également grosso-modo, je ne regrette donc point ce mot immonde) la même position. En vérité, la seule position qui diffère de cette soupe de repentance (Hollande qui nous dit qu’on a trop dépensé… Il se rappelle de Papandreou?) c’est celle de Jean-Luc Mélenchon. Le seul candidat, la seule force politique à appeler clairement à la résistance face à la finance. Il est donc tout à fait normal que personne n’en parle. Il y a même eu ce titre tordant, sur franc-info.com (non, je ne mets pas le lien, pas envie, t’as qu’à aller sur google) "La perte du triple AAA pourrait bénéficier à Bayrou (Ipsos)". Résumons: le lendemain de la perte du triple AAA (tchoum, je sais, elle est facile, mais je m’en amuse, et je vous emmerde, en substance) ils font déjà un sondage pour s’apercevoir que les français se sont soudainement dits : "On a plus nos trois A? Votons Bayrou!" J’ai même cru qu’on était déjà le premier Avril et que j’avais loupé quelques wagons. Non, non, ce n’est pas sérieux. Ce matin, à la radio, le discours, c’était, en substance : "Hier soir, il ne s’est rien passé, à Nantes, d’ailleurs, il n’y a pas de Zénith, à Nantes. Et puis, tant qu’on y est, Nantes n’existe pas!" Je vous parie que le 18, mercredi, à Metz, et bien Metz n’existera plus.

Sincères Condoléances,

Oskar Kermann Cyrus

PS: A ceux qui ont crus un petit peu hâtivement que je les méprisais : c’était juste pour savoir si vous suiviez.

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