Plagiat: le nouveau hochet des sourds

Le plagiat, c’est le nouvel opium des grincheux, la nouvelle accusation souvent infondée, servant principalement à disqualifier les gêneurs. A l’instar du trop usé "populisme" en politique, "plagieur, plagieuse" est le nouveau cri à la mode, et ce dans tous les arts : Littérature, Cinéma, Musique… Et j’en passe. Chaque semaine on nous sert un nouveau plagiat. Après celui (plus flagrant) du méchant PPDA, nous avons droit depuis une semaine à la comparaison irraisonnée et imbécile du dernier titre de Lady Gaga avec une dizaine d’autres morceaux.

Mais le plagiat, déjà, est-ce que tous les "experts people" de la presse poubelle savent ce que cela veut dire? Les exemples en musique ne manquent pas. Le cas le plus célèbre est évidemment celui du (très grand) groupe de rock Led Zeppelin. "Stairway to heaven", dont l’intro a été "plagiée" sur une chanson du groupe Spirit intitulée "Taurus" (groupe dont Led Zeppelin assurait la première partie en 1969), n’est-elle pas pour autant une des plus grandes chansons rock de tous les temps? Si parfois le plagiat est contre-productif (voir l’exemple PPDA), n’est-il pas plus souvent une manière de sublimer le morceau duquel on s’inspire? Le transcender? Le plagiat ne doit pas être une accusation de sorcellerie, qui empêcherait à tout lecteur de réfléchir. Étudions donc la chose plus précisément.

Un mot, une définition

Dans une accusation comme celle-ci, il faut d’abord savoir de quoi on parle. Car tous les "journalistes" qui ces derniers temps ont poussé ce cri ridicule n’en savent même pas la définition. Elle est pourtant simple:

Plagier v.t Piller les oeuvres d’autrui en donnant pour siennes les parties copiées

(définition Larousse)

Il est important de savoir de quoi on parle précisément : le plagiat est une copie d’oeuvre existante. Pour la musique, on parle de plagiat seulement si huit mesures sont strictement identiques (rythme, mélodie, tonalité…etc) et pas seulement "ressemblantes". En effet, on ne peut pas plagier une tonalité, ou simplement un rythme – il faudrait dès lors arrêter de composer. On peut alors parler de plagiat pour "Stairway to heaven", puisque c’est l’exemple donne plus haut. Le rythme, la mélodie… Mais est-ce vraiment un débat sérieux?

Comparatif "Stairway to Heaven" / "Taurus":

D’autant que cherchez un peu sur Internet. Rien que les mots "plagiat et musique", et vous trouverez des dizaines, des centaines d’exemples parmi les musiciens les plus prestigieux. Car ce que les plumitifs sous-développés de la presse people ont oublié, c’est qu’il n’y a aucun jugement de valeur à ce mot (en plus du fait évident qu’ils ne connaissent rien à la musique). Pas de jugement "péjoratif". Vous allez certainement me dire que je joue sur les mots. Et bien peut-être, mais je trouve important de ramener un terme à sa stricte définition. Si l’on est d’accord pour dire qu’un plagiat est une copie, est-ce pour autant mal? C’est à nous d’en juger, et à nous seul, au cas par cas. Des plagiats stupides se comptent par dizaines, mais ce ne sont généralement l’oeuvre que de petits artistes, des stars d’un soir et d’un tube qui ont sombré dans l’oubli aussi vite qu’ils étaient sortis de l’anonymat.

La définition de ce mot ne justifie en aucun cas les insultes incessantes proférées par quelques agités de la plume envers les artistes. Il ne suffit pas d’agiter ce mot fourre-tout et dire "pas bien!", il faut aussi réfléchir et se demander : "Est-ce un bon morceau? Est-il strictement identique?", et surtout laisser au lecteur le droit de penser, d’entendre, au lieu de mettre une barrière à sa réflexion. Car ce qui est vrai pour le "populisme" en politique est vrai pour le "plagiat" en musique : ça ne mène à rien et c’est souvent un cri qui sonne dangereusement comme "hérétique!".

Plagiat vs Hommage

Cela nous amène inévitablement vers cette notion d’hommage. Car si le plagiat désigne simplement une action, il peut être aussi un "hommage", c’est à dire, dans la stricte définition du dictionnaire:

Hommage n.m 1. HIST. Cérémonie au cours de laquelle le vassal se déclarait l’homme de son suzerain. (…) 2. Don, offrande faits par estime, respect ; marque, témoignage d’estime, de respect envers qqn ou qqch (…)

(définition Larousse)

Voyez que l’on est tout de même loin de "la méchante elle a copié". En effet, en "plagiant" quelques mesures d’un autre morceau, n’est-ce pas parfois pour se montrer "l’homme de son suzerain"? Non pas un aveu d’échec face à l’imagination, mais une reconnaissance, une "marque de respect" face à un autre musicien que l’on considère comme supérieur? J’ai la faiblesse de croire en la sincérité des artistes. Oh, bien sûr, pas tous, mais une bonne partie. En écriture, par exemple, il m’arrive parfois de reprendre des passages d’auteurs que j’admire, non pas pour m’attribuer leur génie, mais parce que ce sont généralement des notions qu’ils décrivent mieux que moi. Est-ce pour autant la peine de mettre systématiquement une note en bas de page pour chacun de ces passages? Non, cela enlève la magie de l’hommage. Car l’hommage peut être aussi un aveu discret, où un lecteur va reconnaître un clin d’oeil, et non la grossière "copie" d’une oeuvre majeure.

Le dernier exemple en date est le premier clip du projet solo de Beth Ditto, la joyeuse chanteuse du groupe The Gossip, qui est un hommage à un autre clip de Madonna. Tiens, Madonna, la voilà encore. Force est de constater qu’il y a deux poids deux mesures. Pour l’une "vulgaire plagiat", pour l’autre "hommage sincère et appuyé", les teneurs de la morale musicale sont décidément ridicules avec majesté, et n’ont pas peur du vertige.

Et le clip de Madonna "Justify My Love" :

"Born This Way"

Voilà le cas qui nous intéresse. Car cela fait une semaine maintenant que l’on nous bassine de comparatifs entre plusieurs chansons de Madonna, et même de Mylène Farmer (si, si, c’est vrai), avec ce titre (somme toute assez formidable) de Lady Gaga. Mais reprenons les accusation qui sont portées contre elle. Elle aurait plagié (attention, liste) : Le titre "Express Yourself" de Madonna ; "Vogue", toujours de Madonna ; "Libertine" de Mylène Farmer (je ne mettrai pas le comparatif, il est ridicule et inaudible, on pourrait avec ce son rendre similaire Avril Lavigne et Maurice Ravel); une ou deux autres chansons de Madonna ("Sorry")… Mais aussi: la pochette du single "2 hearts" de Kylie Minogue ; la coiffure de Madonna sur une tournée (une queue de cheval, Blond ambition tour) pour sa performance aux Grammy awards ; et le message de la chanson "Express Yourself". Est-ce que je suis le seul à trouver ça un peu grossier? Plagier trois ou quatre chansons dans le même morceau, cela relève du génie, avouez… Mais plagier un tube comme "Express Yourself" cela relève de l’extrême stupidité, non? Mais encore, peut-on plagier une pochette de disque (surtout quand elles sont aussi différentes:

Sans oublier que la pochette de Kylie Minogue était originellement en couleurs. Mais allons encore plus loin : peut-on plagier une coiffure, et pire : un message? Les accusations tournent là au ridicule. Comme si un artiste avait le monopole de son inspiration, comme si Claude Nougaro était le seul à pouvoir parler de Toulouse, Eugène Sue de Paris… Et bien ici, Kylie Minogue aurait le monopole du trois-quart face et de l’Eyeliner. Cela devient affligeant.

Quant aux accusations de plagiat sur le titre "Express Yourself", je pense qu’il y a une explication plus simple. Tout d’abord, il n’y a pas huit mesures strictement identiques, mais un schéma musical qui agit de la même manière, avec une tonalité proche sans être identique. Quel est ce schéma? Celui de la pop-gospel des années 80 et 90 : Whitney Houston (que Lady Gaga a remercié lors de la cérémonie des Grammy awards), Gloria Gaynor ("I Will Survive"), et bien évidement Madonna ; un schéma d’hymne fédérateur porteur d’un message fort. "I Will Survive" pour l’émancipation féminine, "Express Yourself" et son message gay-friendly… Les exemples de ce schéma musical ne manquent pas.

Pourquoi alors les médias "people" (et non la presse musicale, qui, aux Etats-Unis, est la première à la défendre) se sont-ils focalisés sur ce morceau en particulier, au lieu de voir l’hommage à cette musique des années 80/90? L’effet de masse, le pouvoir de suggestion. Une personne l’a dit à une autre qui l’a diffusé à la masse, et ce faisant, le "plagiat" suggéré a donné le "plagiat avéré". Triste époque où les gens cessent de réfléchir à la première injonction des médias-ne-vous-en-faites-pas-on-pense-pour-vous.

Alors "Born This way" ? Un excellent titre pop, dans la droite lignée, effectivement, de Madonna et de Gloria Gaynor, mais avec quelque chose de plus : une tension électronique glaciale en fond sonore, un son plus futuriste, et l’impression d’entendre s’exprimer une nouvelle race par son propre langage et sa propre musique. Par son visuel ahurissant, ces faux implants sous-cutané, elle assume complètement et affiche sa différence ; loin de la complaisance niaise et inefficace de la plupart des titres sur le même thème, elle ne dit pas "vous êtes normaux, ne vous en faites pas", mais hurle au monde entier : "Je suis un monstre, vous êtes des monstres, nous sommes nés comme ça". Car c’est cela son message, son ambition (immense et certainement trop utopique) : accoucher d’une nouvelle humanité sans préjugé, une nouvelle "race" (à ne pas confondre avec l’eugénisme) de monstres joyeux et fiers.

***

Le plagiat? Le nouveau hochet des sourds. Comme dit Lady Gaga : "Les gens veulent me voir morte. C’est ce que tout le monde veut savoir … à quoi elle ressemblera quand elle va mourir … quand elle va faire une overdose. Tout le monde veut assister au déclin d’une superstar. Ils veulent me voir échouer. Ils veulent que je tombe sur scène, que je vomisse à la sortie d’un club… N’est ce pas l’époque dans laquelle nous vivons ? Nous voulons voir les gens qui ont tout, perdre tout ce qu’ils ont."

C’est la chute qui intéresse. A l’instar de la plupart des tragédies de la littérature mondiale, ce qui obsède les gens, c’est le déclin, la chute, la fin de l’héroïne. L’obsession morbide d’une époque elle-même sur le déclin, n’est-ce pas aussi le miroir craquelé dans lequel on se regarde? Voir leur chute avant la notre. C’est cela aussi, l’effet de masse.

Sincères Condoléances,

Oskar K Cyrus

3 réflexions sur “Plagiat: le nouveau hochet des sourds

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