Retour

Un mois. Un mois de repos, de blanc. De page blanche. Un mois que je n’ai rien écrit et là, c’est le retour. D’habitude, ça mettait moins de temps pour revenir, toujours aussi peu clair, comme la vase au fond d’un lac, mais toujours aussi rapide, et délicieusement incertaine. Que fais-je. Plus d’interrogation, seulement des mots qui me viennent et que je ne peux plus arrêter. Enfin, plus trop. Stop. Redémarre.

Un mois. Un mois à couler de l’encre par les yeux sans que ça prenne forme: même pas. Un mois de calme sans écrire, tout juste perturbé par cette information somme toute inutile : Je n’écris pas. Je n’y arrive pas. Je m’en fous. Un peu. Il me reste au fond de ma tête un résidu d’agacement, une sorte de bourdonnement constant et qui me dit « Tu es malade! ». Certes. Je suis malade. Et puis j’arrête, stop. Redémarre.

Un mois. Un mois de calme souriant, innocent, presque, insouciant, peut-être, avec la vie au dessus du doute qui ne se tait pas, non, mais que je n’entends pas. Pas assez fort. Mais tout de même. Agaçant, cette voix: « Tu n’écris pas: PROBLÈME ». Sorte d’ordinateur rouillé et sa voix morse électronique terrifiante, là, tout au fond dans la tête, et qui bourdonne, déclic, voix, déclic, voix, déclic, voix. Décharge. Stop. Redémarre.

Un mois. Un mois, ce n’est pas tant le problème, mais l’exactitude qu’on y met. Sans se le dire, il y a quelque chose d’agaçant, un mois. C’est peu. Court. Ce n’est pas le problème, mais l’exactitude. Quand était-ce? Avant le grand revirement. Avant que je comprenne ce que j’allais faire du retour, après cette absence à dessaouler au fond de la corbeille à papier. Silence. Même sans le dire, c’est criant. On ne sait pas par quelle drogue on y met tout son cœur et puis… ça part. Sans rien, comme ça. On s’arrête. Stop. Redémarre.

Un mois. Un peu plus, un peu moins. Je ne sais pas.

Un mois.