Se réveiller est un temps si dur

Aujourd’hui, un réveil de fantôme m’a dit, pour cette nuit, que je rentrerai. S’exercer à rester debout. S’exercer à tester tous les boutons de cette foutue existence enfuie au siècle dernier. On ira au dessus des dernières collines de la mort pour voir le monde des vivants. D’en haut. Le soleil sera toujours là. Et le bruit.  On aura oublié que tout est transparent, qu’il suffit de bien regarder, tout derrière, pour vraiment voir à travers.

Je rentrerai.

Oskar Cyrus s’éveille. Bonjour.

Aujourd’hui, je vous réveille avec la nouvelle vidéo de Marilyn Manson. Running to the edge of the world. Et bien je trouve que ce film exerce une force extraordinaire sur le mental. Ce visage si proche tout en tension, ces lumières derrière, dont on ne sait pas trop si elles sont celles d’une ville ou celles d’un tableau de mixage, mais qui semblent si lointaines. Ces couleurs à la fois vives et tamisées. Et cette fille que l’on bat dans une salle de bain trop petite, et que l’on jette dans une baignoire. Il y a de la violence et une grande tendresse, de la cruauté et de la peur, des deux côtés. De la peur. La musique elle-même, jusqu’aux paroles sombres relèvent du génie. Faire quelque chose de nouveau en musique est tout de même assez rare.

Bonjour. Oh mon Dieu le soleil se lève.

Bonjour.

Manson, c’est en peu de mots un des plus grands artistes de ce siècle, aux côtés de Dali et de Warhol, un de ceux qui savent transformer leur propre vie en œuvre d’art. Marilyn Manson est à la fois l’artiste et son oeuvre la plus perturbante, la plus fascinante, mais la plus incomplète. Cette œuvre-là ne sera achevée que par sa mort. C’est certain.

Marilyn Manson, c’est l’histoire d’un garçon timide et mal dans sa peau, terrifié par tout ce qu’on lui racontait, mais qui est devenu en quelques années la personnification de ses propres peurs, et des nôtres. Manson, c’est la société américaine, c’est le monde, même. Il est au monde ce que la conscience est à l’Homme : le témoin que nous ne pouvons fuir. Il est dans la bouche de beaucoup de gens une crainte mêlée de dégout, une angoisse, une sorte d’admiration terrifiée, de fascination pour quelqu’un dont on ne sait finalement pas grand chose. Manson s’est appliquée en plus de quinze ans de méfaits, à nous jeter nos vices au visage, à nous mettre en garde contre le fascisme, contre l’extrémisme religieux, contre la perte de nos personnalités. Il s’est appliqué à nous répéter sans cesse: "Faites de votre vie une œuvre d’art!"

Chiche!

Mais le fascisme est là. Malgré Obama, malgré les signes d’encouragement, le fascisme grimpe en flèche sur l’échelle de popularité. Le fascisme a plusieurs noms. Berlusconi en Italie, où les medias sont devenus medias d’Etat, Nicolas Sarkozy en France et ses attaques contre la presse libre et engagée, et enfin dans toute l’europe, une montée grandissante de l’extrême-droite europhobe, xénophobe (et j’en passe des meilleurs), nostalgique du bon vieux temps où l’on pouvait sans crainte faire croire à un peuple tout entier que le problème, et bien c’est la liberté. Et les juifs. Mais ça, parait-il, c’est dépassé.

Dépassé? Pas si sûr. Situation de crise économique, taux de chômage qui explose, crise écologique, sur fond de pandémie grippale: le terreau de tout totalitarisme. Les graines, elles sont déjà au pouvoir. Le populisme c’est l’art de bien parler aux gens, ou de flatter leur cupidité, leur individualisme avec des slogan. Le populisme, c’est Sarkozy, Berlusconi, Poutine, et le reste. Et sur tout ça, planter la peur, l’angoisse, la haine, la discorde ; Puis instrumentaliser l’histoire, inventer une identité commune (tiens tiens), renforcer le peuple sous la bannière du nationalisme, et combattre. Vous obtenez un régime autoritaire. La sécurité est prétexte au retrait progressif des libertés, même si on garde le nécessaire pour dire au bon peuple: "regardez, vous êtes libres!". Parole de fantôme, vous êtes foutus.

Après, on jure sur des symboles déterrés à la hâte. Un drapeau, un hymne violent et fort, une devise irréprochable, et un homme. Un homme. Autocratie.

A ce sujet, je vous conseille l’excellent film allemand "La Vague", tiré d’une histoire vraie, et qui est tout simplement le film le plus effrayant que j’ai jamais vu. L’émergence d’un totalitarisme à l’échelle d’un lycée. Terrifiant et instructif.

Le débat? Miné, vérolé par la haine des uns, l’inexistence des autres, et le désarroi du peuple. Personne n’est capable de le mener.

Le fascisme est déjà là. Laissons-le faire, on verra.

On verra.

Amitiés,

Oskar Cyrus

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